David Pascaud

Photo de David Pascaud - A qui mieux mieux

David Pascaud est auteur, écrivain les mots rivés au corps et à l’esprit, les mots libérés dans de magnifiques livres puissants et mélodieux.

Car, il s’agit bien d’une mélopée : les mots nous saisissent, nous emmènent…

« Valises » est un ouvrage constitué de nouvelles aussi surprenantes les unes que les autres, une écriture différente, une danse envoûtante, une liberté de ton, et une belle expression qui honore notre langue :

Un Français qui voyage vers nous, un Français qui s’évade vers toutes les contrées de la terre.

David Pascaud est incroyable, sincère, intéressant, généreux, et sa plume est majestueuse qui s’envole au vent de la toundra, se lie aux chants de l’univers…

David Pascaud, c’est une Fraternité qui nous enveloppe de réalisme, de douceur, et de prévenance; c’est une yourte extraordinaire et chaleureuse, l’odeur du café et du pain d’épice, c’est un lieu de ressourcement quelque part sur la Terre…

Je vous laisse vous imprégner des réponses de David Pascaud…



Ouh la, difficile de se présenter. Je ne suis pas sûr de bien me connaître, c’est peut-être pour cela que j’écris… Et puis, une biographie, c’est un peu l’art de transformer un sot en auteur. Ce dont je suis à peu près sûr : j’habite dans la région de Poitiers avec ma compagne et mon fils; je gagne ma croûte quotidienne grâce à l’enseignement; j’aime l’histoire et la photographie. Côté écriture, disons que je suis un auteur francophone, sans casquette excepté le circonflexe : roman, nouvelle, chronique, aphorisme… et souvent page blanche.

1) Qui, quoi, comment t’a donné envie de devenir écrivain ? 

À dire vrai, je ne sais pas trop quel est l’événement déclencheur, ni même s’il y en a un. Écrire, on le porte en soi, c’est difficile à expliquer, c’est un besoin (plus qu’une envie d’ailleurs) et ça ne se décrète pas. Je pense qu’on peut avoir l’âme d’un authentique écrivain sans pondre une seule ligne durant sa vie entière. Et inversement, on peut faire des brouettées de bouquins… sans en être. De nos jours, n’importe qui peut « faire » un livre. On écrit d’abord dans sa tête, les mots virevoltent, les idées se cognent. On peut garder ça longtemps en soi avant d’oser l’extérioriser sur papier ou sur écran. Dans son recueil « Sorties de nuit », Yves Simon décrit joliment l’écriture comme un « agencement mystérieux qui provisoirement réordonne le désordre pour aussitôt en ajouter un peu plus. » Je crois qu’il a raison. On veut résoudre ou se soulager de quelque chose en écrivant… et on ne soulage ni ne résout rien, accentuant encore davantage le besoin d’écrire. Plus qu’une passion, c’est une addiction, certainement.

2) Que t’apporte le fait d’écrire ?

Des courbatures, des douleurs dorsales, des crampes au doigts… Je plaisante mais pas tant que ça. Les périodes d’écriture un peu longues (pour un roman par exemple) te dépossèdent un peu de ton corps. Tu te voûtes, tu te bousilles les yeux devant l’écran, tu chopes des tics… D’autant plus que n’ayant pas de discipline horaire, je ne m’aménage pas de temps réguliers pour souffler. Il m’arrive de partir sur des séances d’écriture jusqu’à 3 heures du mat’ même si je bosse le lendemain… Et de ne pas écrire non plus une seule ligne pendant plusieurs jours, tout en restant obsédé par l’idée qu’il faut écrire ! L’écriture est un état d’esprit, et même une idée fixe. Un peu malgré soi. Même si je ne griffonne pas des trucs sur des bouts de papiers ou ne me plante au-dessus du clavier, l’écriture est là, dans ma tête, des phrases se forment, des idées naissent, meurent parfois aussitôt, s’entrechoquent, s’alimentent mutuellement, ça cogite tout le temps, partout, quand je me balade, quand je me rase (ouarf), quand je fais la vaisselle, au rayon frais du supermarché, au feu rouge dans ma voiture, etc. Je n’arrive que difficilement à entrer dans ce processus intellectuel qui consiste à ramasser toutes ses idées pour écrire à heures fixes. Je suis plus intuitif que scolaire.

J’ai du mal à saisir – et à approuver, j’avoue – les auteurs qui disent écrire par passion. Comme s’ils « faisaient » de l’écriture comme ils feraient du tricot, de la marche nordique ou de la cuisine vegan. Un passe-temps gentillet et bien appliqué, un hobby sympa, qu’on place dans le planning de la semaine. Ça m’échappe, cette vision des choses. L’écriture est plus viscérale, plus sauvage, on écrit plus par besoin que par plaisir, celui-ci ne venant que par le soulagement procuré par l’acte d’écrire, car écrire démêle des nœuds intérieurs, expurge pas mal de choses qu’on avait plutôt intérêt à ne pas garder en soi. Je crois aux vertus thérapeutiques de l’art, de tous les arts. J’irai dans le sens de ce que disait Jacques Brel pour qui toute création est « un cri ». De détresse, d’amour, de ce que vous voulez… Même une création de commande pour manger, ça reste un cri, parce que vous avez faim. La création, en particulier littéraire, ne peut pas être confortable.

Ceci dit, il est indispensable de s’auto-discipliner, sinon on se condamne à rêvasser sans fin (même s’il y a pire comme condamnation). Mais aussi hélas, à ruminer. Une de mes méthodes – ou plutôt subterfuge – d’écriture est de me faire imposer une contrainte par un/e complice. Pour des récits courts comme les nouvelles, je procède ainsi. Par exemple, ma compagne me donne un mot clef ou une phrase à découvrir dans une enveloppe ou sur un fichier informatique, et le défi est de parvenir à un texte abouti en un temps donné (tant d’heures ou tant de jours). Ce genre de séance d’écriture crée d’abord une tension puis aide les idées éparses à se cristalliser autour d’un thème et d’un personnage qui peu à peu se dessinent. Vous pouvez enfin le pousser, ce fameux cri. Un tel exercice donne un sentiment d’accomplissement, il soulage, comme après un bon footing. Sans rire.

3) Quels pouvoirs et quelles vertus crois-tu que les livres possèdent ? 

Le livre n’appartient déjà plus tout à fait à son auteur quand il est lu par autrui. Un autre univers mental s’en est emparé. J’imagine que le livre met des mots sur des sentiments, des idées, des espoirs, des souffrances parfois, et permet au lecteur de s’identifier. Je trouve touchants les gens qui notent des phrases pour eux-mêmes. Moi-même, quand je lis, je note les passages qui me touchent, car il me semble alors qu’ils renferment la quintessence d’une émotion ou d’une idée importante à mes yeux.

J’espère que ce qui suit ne sera pas mal compris, mais je crois que la littérature dépasse la vie. Comme je l’ai déjà dit, la littérature n’est pas qu’un simple loisir. Cela m’agace aussi quand j’entends dire de façon creuse que c’est une « pâââssion ». C’est la vie en mieux, et c’est ce qui fait (en tant qu’auteur ou lecteur) que la vie est effectivement mieux. Les authentiques lecteurs comprennent ce que je veux dire : parler de simple plaisir ne suffit pas, il y a autre chose dans ce rendez-vous qu’on donne au livre du moment qui a le pouvoir, me semble-t-il, de nous apaiser, de nous fortifier, de transformer, voire de transcender le quotidien. Les citations de nos auteurs favoris nous accompagnent de jour en jour, peuvent servir de béquilles et donnent un axe de vie.

4) Si tu devais vivre dans un livre lequel choisirais tu, et pourquoi ? 

J’irai bien rendre visite à Emma Bovary pendant que son mari est en consultation. Ah, quelle femme. Sans vouloir paraître prétentieux, ça la changerait des salopards ou des idiots qui l’environnent. On marcherait tous les deux par les sentiers, on causerait de tout un tas de choses, vraiment complices. Au bout du compte, moi, je partirai avec elle. On serait diablement heureux.

5) Selon toi, quel film aurait pu être un livre incroyable ? 

Beaucoup de films sont inspirés d’un roman ou d’une nouvelle… Et il y a tellement de films que je n’ai pas vus ! Pour être certain de citer un film au scénario original, je dirais La sortie des usines Lumière. Le premier film de l’histoire de l’humanité. Les premières images mouvantes, donc très émouvantes… Tout ce qu’on pourrait tirer de ces quelques secondes en plan fixe ! Chacune des personnes visibles sur la pellicule serait un formidable personnage de roman.

6) Si tu devais te décrire en 3 adjectifs ? Quelle est ta couleur préférée, et pourquoi ?

Solitaire (mais sans trop verser dans la misanthropie), inquiet (mais en veillant à ne pas laisser filer trop vite les belles minutes de l’existence), élégant (mais pas tant que ça en fait puisque j’ai l’impolitesse de le dire).

Pour la couleur, je tendrais vers la dualité noir & blanc, mélancolique à souhait, mais surtout pour toutes les nuances de gris possibles entre les deux. On dit souvent que mes écrits sont en clair-obscur, avec des personnages volontiers ambigus, contradictoires, dans des situations en eaux troubles.

7) Quels mots dirigent ton existence et pourquoi ? 

Les mots qui me viennent instinctivement sont « Nuance », « Conscience », « Distance »… En plus ça rime. Le mot « Humour » aussi. C’est la meilleure des armes défensives. Le truc à ne jamais perdre. Quand vous paumez vos clés ou vos papiers, ça passe s’il vous reste l’humour. Quand vous perdez votre humour, vos clés en poche vous font une belle jambe.



8) Si tu étais : 

Un plat ? Des œufs brouillés. C’est rudement bon et dans la dinguerie actuelle du monde, ça vous a même un petit parfum d’aventure risquée…

Un héros de dessin animé ? Pas facile… Va pour Oggy, mais sans les trois cafards. J’aime bien l’esprit déjanté et pas très politiquement correct de ce dessin animé. Il y a Ulysse aussi, dans Ulysse 31. Désolé, c’est générationnel, les moins de 25 ans ne peuvent pas connaître, quoique… Il a un fiston lui aussi, il erre dans l’univers à la recherche de son chez-soi. C’est tout moi. Quand j’étais gamin, la musique de ce dessin animé me fascinait. J’y vois aussi un hommage à Homère, le premier grand raconteur d’histoire, le vrai fondateur de la littérature.

Une émotion ? Une émotion… Le trac. Toujours tapi, celui-là. Le gamin timide que j’étais se faisait continuellement bouffer par lui… Au fil du temps, il a perdu de sa vigueur et moi j’ai gagné de l’assurance. Mais impossible de le chasser complètement. Il m’a accompagné avant chaque match de rugby quand je pratiquais ce sport, mais il m’aidait finalement à me surpasser. C’est toujours un compagnon de route, nous cohabitons bon gré mal gré.

Le souvenir d’enfance ? Je ne sais plus exactement quand l’enfance s’est terminée pour moi. La semaine dernière, peut-être bien…

Un arbre ? Pour un amoureux des forêts, difficile de désigner son préféré. Puisqu’il faut choisir, je dirais celui qui est en plein milieu de mon jardin. Un arbre fétiche, un peu totem, humble et rassurant à la fois. Son ombre est bienfaisante en été. Ses feuilles ressemblent à celle de l’érable, mais impossible de trouver à quel type il appartient vraiment. Bref, il est bien ancré dans le sol mais n’a pas de nom. J’ai potassé dans un tas de revues et d’articles spécialisés. Rien trouvé. Des racines et pas d’étiquette : j’aime bien, en fait… C’est un peu l’idée que je me fais de la liberté vraie, notamment dans la création.

9) Quelle est ton actualité, et quels sont tes projets ? 

La parution d’un recueil de nouvelles intitulé « Valises » est le grand projet de cette fin 2017. Cette belle aventure a commencé il y a près d’un an lorsque Marie-Cécile Fourès, éditrice du Carnet à Spirale à Toulouse, m’a annoncé au téléphone que mes nouvelles étaient retenues. Une sacrée belle surprise. En parallèle, deux autres livres continuent leur existence : le roman « Araldus » aux Éditions Jerkbook (en numérique et format papier) et le livre-CD « Des livres et nous des chansons ». Ce livre-CD est une création des Ducs, un groupe de musique continuellement inventif (des copains en plus, et mon frère guitariste est de la bande). J’aime beaucoup leur approche artistique, ce désir de combiner différents domaines de création, de marier ainsi le son, la scène et le texte. Le concept du CD-livre : 7 chansons composées par les Ducs, accompagnées chacune d’une nouvelle (7 écrivains différents). Je suis l’auteur de la nouvelle intitulée Grands-pères.

Couverture de "Valises" de David Pascaud - A qui mieux mieux

10) Quelle question as-tu envie de poser aux personnes venant sur « A qui mieux mieux » ?

Par Toutatis, quelle force magique vous a fait tenir jusqu’à la fin de cette interview ?

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