Elisabeth Scotto

Photo de Elisabeth Scotto
Photo de Edouard Sicot ©

En cette semaine du goût, quel honneur de recevoir une visionnaire de la cuisine d’hier, d’aujourd’hui et de demain, une styliste des saveurs, des surprises, des mélanges…

Elisabeth Scotto est une femme exceptionnelle, remarquable, et pour moi un Chef précurseur dont les alliances culinaires et imaginatives sont de véritables émerveillements à tester, à refaire, à déguster, à savourer !

C’est une femme ayant une franchise rare, qui aime également la photo et les mots, et qui a une dimension du partage d’une grande noblesse.

Elisabeth Scotto, c’est un mimosa en fleur, un mas en Provence, le chant des cigales, des sourires qui réchauffent, tout en s’imprégnant de l’œuvre « Les quatre saisons » de Vivaldi…

Je vous laisse vous imprégner des réponses de Elisabeth Scotto…



Journaliste, auteure de livres de cuisine et créatrice de recettes. Passionnée par la cuisine d’ici et d’ailleurs, rien ne m’attire plus que de rencontrer les autres, de discuter cuisines et traditions, et de passer un tablier pour cuisiner avec eux !

1) Qui, quoi, comment vous a donné envie de travailler dans le monde culinaire en tant que journaliste et auteure ? 

Une passion d’enfance. J’étais la petite dernière d’une famille de quatre filles, en Algérie, pendant la guerre. Nous n’avions pas le droit de sortir, donc nous restions avec maman qui cuisinait énormément, aussi bien les plats populaires d’Italie du Sud, d’où la famille est originaire, que ceux de la grande cuisine française qu’elle réalisait à partir du livre de Pellaprat «L’art culinaire moderne», le cadeau de mariage obligé (ou presque) de son époque. Comme je n’avais pas le droit de toucher à grand-chose, j’ai été « nourrie » dans tous les sens du terme ! En goûtant bien sûr, mais aussi en regardant. J’ai appris là les gestes que j’accomplirais plus tard. Ça, c’était l’enfance, je dirais les fondations. Ensuite j’ai oublié la cuisine… Elle est revenue lorsque ma sœur ainée, Marianne Comolli, a commencé sa carrière de journaliste culinaire. Nous nous sommes retrouvées en cuisine, avec Michèle Carles, mon autre sœur, à cuisiner tous les classiques français, à voyager à la découverte des cuisines d’ailleurs… Parce que l’important est de savoir de quoi on parle, et surtout de transmettre une recette « qui marche » ! C’est ainsi que sont nées les sœurs Scotto, trio dans lequel chacune avait sa personnalité et sa carrière.

2) Votre blog est un enchantement : que représente-t-il pour vous ? 

Merci ! Ce que mon blog représente ? La liberté ! Mon long passé de journaliste m’a appris que l’on n’est jamais vraiment libre, entre les annonceurs et les choix des rédactions. Là, je ne parle que de ce que j’aime, de ce qui m‘intéresse, me passionne : livres, objets, produits, lieux visités, chefs interviewés. Quant aux recettes, je ne cherche pas LA recette classique – il ne manque pas de sites pour répertorier des centaines de versions “authentiques”… –, ce qui me plaît c’est de trouver le petit quelque chose, la faille positive qui la transformera, qui la rendra plus facile à préparer, qui lui apportera un goût nouveau. Si vous cherchez la traditionnelle recette de la blanquette, fouillez ailleurs. La mienne sera sans aucun doute différente.

Comment ne pas avoir envie de tester cette délicieuse recette d’Elisabeth Scotto !
Potimarron pas complètement houmous

3) Quelles associations gustatives vous ont le plus surpris ? Quel(s) produit(s) préférez-vous préparer ? Celui qui a votre coup de cœur absolu ? 

– Associations : les associations asiatiques que j’ai découvertes tard… Le gingembre (dont j’use et abuse), la citronnelle et les herbes utilisées comme marqueur de fraîcheur.

– Produits préférés à préparer : le mieux est de vous dire ceux que je n’aime pas préparer, comme les abats ou le gibier ; mais attention j’aime les manger ! Sinon je cuisine tout, et avec grand plaisir.

– Coup de cœur : vaste question ! Peut-être l’oursin, je me damnerai pour un oursin tout juste sorti de l’eau, frais et iodé, dévoré tel quel !

4) Selon vous : quel sens est-il primordial de mettre en exergue : vue, goût, odorat… ? 

Difficile ! L’odorat précède sans doute la vue en tous cas dans une recette chaude – ou froide, si l’on a affaire à des truffes par exemple, qui embaument. La vue ensuite, et enfin le goût – qui passe forcément après les deux autres, forcément, puisque vous allez goûter seulement après avoir vu et senti ou senti et vu. Mais le goût semble bien être le sens numéro un. Une assiette magnifique n’est rien si le goût n’y est pas ! Quant à l’ouïe et au toucher, ils jouent un très beau rôle, surtout en cuisine, où c’est un enchantement « d’entendre » les aliments : le couteau qui coupe, hache, cisèle ; le beignet que l’on plonge dans la friture ; la viande qui mijote ; le poisson que l’on saisit dans une poêle ; le légume que l’on pose sur un gril… Et le toucher : un chef saura vous dire que la cuisson d’une viande est parfaite à l’œil bien sûr mais aussi au toucher. Et avouons que manger avec les doigts est très souvent un grand plaisir ! Même dans les lieux les plus « chics » : vous n’allez pas piquer des chips à la fourchette, si ? Des cacahuètes à la petite cuillère, vraiment ? Pas moi.

5) Si vous deviez vous décrire en 3 adjectifs ? Quelle est votre couleur préférée, et pourquoi ? 

– 3 adjectifs ? Une question horriblement difficile (et qui n’appellera que des réponses positives, évidemment !) : curieuse, généreuse, lucide.

– Ma couleur : le bleu. Étrange, la seule couleur qui ne se mange pas, si l’on exclut les myrtilles – mais elles sont plutôt violettes –, ou les fromages bleus – plutôt verts… Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être parce qu’elle est omniprésente autour de nous : le ciel, la mer, jusqu’à notre planète « bleue ». Sans oublier les bleus de Klein, Matisse, Picasso, les manteaux bleus des vierges de De Vinci… Et j’aime aussi la vaisselle bleue, qui joue très bien avec les salades estivales pleines de couleur, ou avec le chocolat.

6) Quelles valeurs, quels principes vous tiennent à cœur ?

Le goût du travail sans lequel on n’arrive à rien.

L’honnêteté envers soi-même (ce qui implique de connaître ses points faibles et d’en tenir compte).

Le respect des autres (nous sommes tous différents, heureusement !).

La tolérance (qui permet de s’ouvrir aux autres).

7) Si vous étiez :      

Une destination ? Une, c’est impossible ! A égalité, le Japon, pays que j’adore depuis toujours ou presque; et l’Italie, parce que c’est le pays de ma famille et que je le trouve extraordinaire.

Une épice ? La noix muscade. Elle me vient de mon enfance où l’on utilisait peu les épices, à part le poivre, le piment, la cannelle et la vanille. Mais ma mère adorait la muscade qu’elle distribuait joyeusement dans sa cuisine. Aujourd’hui, j’ai tendance à en mettre partout… En tout cas dans la sauce tomate, les plats lactés et les cakes, salés ou sucrés.

Un bijou ? Un bijou ethnique, parce qu’il a été réalisé dans un but précis, porté, légèrement usé même… J’adore que les objets aient une histoire.

Une citation ? « Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit », Brillat-Savarin. Sinon, il vaut mieux inviter au restaurant…

Une œuvre d’art ? Un tableau de Jackson Pollock. Je l’ai découvert en 1982 lors de la grande exposition de Beaubourg. J’y suis allée à reculons… Et je ne voulais plus sortir. Un vrai coup de foudre.



8) Qui admirez-vous ?

Les gens curieux, les chercheurs, les scientifiques, les inventeurs. Et ceux qui essayent de sauver la planète, car oui, elle en a besoin. 

9) Vous organisez un dîner imaginaire : Quel serait votre repas et qui conviez-vous ? 

Elisabeth Scotto qui cuisineChristophe Colomb, Marco Polo, Hernán Cortés, Alexandra David-Néel, Jacques Cartier, James Cook… Et bien d’autres ! Tous ces explorateurs qui ont découvert des pays inconnus, des hommes différents. Je voudrais qu’ils me racontent des lieux tels qu’ils étaient à leur origine et avant que l’homme ne les abîme. Le menu ? Des aliments qu’ils ne connaissent pas ou qu’ils n’imaginent pas que l’on puisse cuisiner ainsi aujourd’hui : des tortellini au bouillon (pour bluffer Marco Polo), un soufflé au fromage (le four comme nous le concevons, ils ne connaissaient pas !), un plat au champagne (turbot, poularde… pour le champagne !) ou encore un moelleux au chocolat (Christophe Colomb connaissait le chocolat, mais pas sous cette forme).

10) Quelle question souhaitez-vous poser aux lecteurs/lectrices de ce blog ?

Pour qui cuisinez-vous ? Même si ce n’est que pour vous, n’hésitez pas !

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