Tatiana Gousseff

J’aime particulièrement Tatiana Gousseff parce qu’elle est belle, elle dégage une classe, une allure, une prestance…

Vitalité et vivacité la définissent dans une dimension du jeu, de la comédie !

L’inviter sur mon blog est pour moi une jolie évidence, cette femme maîtrise avec tant de talents, l’art de jouer juste et bien !

Elle est étincelante tant par sa fantaisie que son acuité, sémillante et touchante par son intensité et sa personnalité.

Son regard est profond, et son enthousiasme : une exhortation à la suivre…

C’est une soirée d’été dans un jardin avec des lampions multicolores, de l’allégresse et des rires partagés.

C’est un papillon d’opaline, qui dans un battement d’ailes embellit la vie !

Je vous laisse vous imprégner des réponses de Tatiana Gousseff…



Petit texte descriptif :

Bonjour à vous tous, lectrices et lecteurs du blog généreux et éclectique de Maud !
Quelques mots pour me définir ?
Artistiquement : comédienne, autrice, scénariste et désormais metteuse en scène. Je suis aussi voice over dans des publicités et des documentaires, j’adore la photographie et je ne suis pas à l’abri de proposer un jour une exposition à partir d’un concept inventé pendant la série Doc Martin.
Humainement : fidèle, drôle je crois, folle disent mes enfants, exigeante disent mes amis, franche, solitaire mais très sociable, gourmande, passionnée, curieuse de tout et boulimique de livres et de magasines à thème. Mes plus gros défauts ? Parfois cassante si on me cherche de trop près, pétrie d’empêchements, et victime du syndrome judéo chrétien de la culpabilité. Amoureuse de la langue, je suis psychorigide quant au bon usage des mots, ce qui me rend atrocement pénible pour ceux qui travaillent avec moi ; mais comme j’ai peur de manquer, nous ne sommes jamais en panne de café, thé, gâteaux, papiers, crayons et post-it pour nourrir notre inspiration.

1) Qui, quoi, comment vous a permis de devenir comédienne/auteure ?

J’ai désiré être comédienne par passion, depuis toute petite (6, 7 ans ? ), je suis devenue comédienne grâce à un long apprentissage (7 ans de cours privés puis de stages). Il est très important de rappeler qu’interprète, c’est un métier qui demande du savoir faire, de la culture, l’intelligence du texte, de la liberté, du lâcher prise, entre autres…Et de l’endurance, du courage, de l’humilité. Tout cela s’apprend. Le talent n’est pas tout, et surtout, il s’entretient. Notre métier (c’est en cela qu’il est ambigu) consiste à faire croire aux spectateurs que tout est facile et naturel. Mais c’est un mensonge, une supercherie. Un personnage crédible, c’est le fruit de beaucoup de travail et d’inventivité. On résume parfois notre métier à l’argent et à la célébrité. Mais c’est une éventuelle conséquence ça ne doit jamais être une fin en soi. Comédien ou comédienne, c’est un sacerdoce, en ce sens où il faut énormément travailler et tenir sur la durée. J’ai connu autour de moi beaucoup d’abandons et de résignation. Le désir d’expression doit être plus fort que tous les autres.

2) Qu’est-ce-que la comédie vous apporte ?

Mon métier m’a apporté, sur chaque projet, la rencontre d’au moins une personne hors du commun, sous forme de choc artistique ou amical.
Au théâtre, la rencontre avec les spectateurs est inégalable, ils sont la sanction immédiate de notre implication, nous jouons avec eux, ils nous sont nécessaires, ils nous donnent au centuple ce qu’on leur a donné : partage, amour, émotion.
Les tournées sont des parenthèses enchantées pour vivre une vie de troupe en immersion, à l’ancienne, l’occasion de découvrir des villes, des théâtres, des paysages, des restos, des gens… C’est un retour en enfance : on joue, on picole, on mange, on se ballade en bus ou en train, et on est pris en charge comme si on avait 6 ans et demie. Mais le soir, on donne tout au public pour lequel on a parfois fait 1000 km !
Au cinéma ou à la télévision, la caméra apporte une chose très particulière, un gros œil qui nous aime, c’est excitant, un tout autre métier, fait d’attente, de scènes très courtes rejouées maintes fois, une ambiance indescriptible décalée du monde réel, c’est l’occasion parfois de faire des choses inédites : aller tirer à balle réelle dans le sous sol secret d’un commissariat pour préparer une scène ou avoir accès à des dossiers de médecine légale. J’ai reçu un jour une lettre de félicitation après la diffusion de la Série sur le Fil : des policiers du 36 quai des orfèvres me félicitaient par l’intermédiaire d’une lieutenant de la police scientifique. Elle est depuis devenue une amie, car, hasard, elle habite en face de chez moi !

3) À quelle époque auriez-vous particulièrement aimé jouer ? Et pourquoi ?

Travailler au 17ème n’aurait pas été plus simple et j’aurais fini ma vie dans une fosse commune, mais du moins mon corps n’aurait-il pas été un obstacle. Les injonctions de la société font de moi une actrice atypique freinée par ses rondeurs. Mais Molière aurait été enchanté de me faire jouer ses merveilleux rôles de soubrettes, et moi tout aussi enchantée de le connaître de son vivant. Pour moi, c’est un génie : éternellement moderne, avec une profonde connaissance de la nature humaine, un sens de l’humour redoutable et une approche très nouvelle de la direction d’acteur, réfutant la déclamation grandiloquente et préférant la vérité des personnages. Le 17ème siècle était un siècle florissant pour les arts et la littérature, et un siècle où en tant que femme, j’aurais eu de quoi nourrir mon esprit de révolte et mon esprit tout court !

4) Vous êtes comédienne, actrice, auteure, voix off : y a t-il un autre domaine artistique dans lequel vous souhaiteriez vous épanouir ?

La photo est une compagne de presque tous les jours depuis que j’ai onze ans et demi, j’ai fait des makings of de tournées, de tournages, des photos de voyages, des portraits à n’en plus finir, je rêve de concrétiser deux projets d’exposition que je porte depuis quelques années.
On me demande depuis longtemps de passer à la mise en scène, c’est chose faire avec Bien arrivée à Ottawa, un seul en scène que j’ai écrit pour la comédienne Marité Blot qui sera créé cet automne en Charente, j’aimerais beaucoup poursuivre dans cette voie, car la direction d’acteur et la scénographie me passionnent.

5) Quels mots ont une résonance dans votre existence, et vous définissent le mieux ?

Théâtre. Humour. Combativité. Famille. Amitié. Éthique. Tourment. Apprentissage. Cuisine (qui rassemble saveurs, savoir faire, partage, fantaisie).

6) Quelles sont vos autres passions ?

La littérature, qui est de mon point de vue le bien le pus précieux qui soit donné à un individu pour apprendre, voyager, comprendre, se reconnaître, s’apaiser, partager, se cultiver… Ma maison est remplie de livres. « Ta mère a lu tout ça ?? » a dit un jour un jeune homme à ma fille. « Oui… sauf 4 ou 5 en attente ». Les livres, c’est de l’émotion, de la joie, de la nourriture pour l’esprit et pour le cœur !
L’art en général me fait vibrer, particulièrement la peinture. La Collection Chtoukine, présentée cet hiver à la fondation Vuitton m’a littéralement renversée. Dans les artistes pas morts, car il faut leur rendre hommage, les œuvres du sculpteur Christophe Charbonnel sont fantastiques. Lorsque j’ai découvert son travail, la veille d’un vernissage, j’ai eu le cœur battant et les larmes aux yeux, je suis entrée, je suis repartie lestée d’un Buste de Pilote prodigieux qui trône chez moi et me protège depuis des années.

7) Si vous étiez :

Un tableau ?

Un Gaughin de la période Tahitienne : il a vécu dans un village qui m’est cher en Bretagne, il s’est évadé à Tahiti, a librement réinterprété la couleur de la nature, a révolutionné la peinture, ses tableaux me mettent en joie en même temps qu’ils me bouleversent. Le synthétisme est une révolution. « Un conseil, ne copiez pas trop d’après nature, l’art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant, et pensez plus à la création qu’au résultat. C’est le seul moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer. » Une bonne leçon pour libérer les artistes des questions qui les rongent.

Un livre ?

Ada ou l’ardeur : la langue extraordinaire de Vladimir Nabokov, la passion insolente et résolument libre de ses deux héros, la photographie d’une ancienne Russie qui fut celle de mes ancêtres. Ce roman a donné son prénom à ma fille.

Une gourmandise ?

Du croquant, de l‘acidité, de la douceur, de la couleur, du moelleux : l’Ispahan de Pierre Hermé, un somptueux macaron à la rose et à la framboise.

Un voyage ?

Un mélange de treck et de farniente qui allierait hôtels, bivouac, nuit chez l’habitant et bateau pour découvrir forêts primaires, barrière de corails et sites culturels.

Un pays ?

La Russie, le pays de mes grands parents paternels, qui a infusé en moi son âme slave malgré tous les efforts d’intégration de mon père. Je suis profondément russe dans ma personnalité.



8) Qu’est-ce qui vous construit aujourd’hui ?

Ce qui m’a construit, ce sont mes racines, les épreuves et la psychanalyse.
Ce qui continue à me construire aujourd’hui, ce sont les rencontres artistiques et les échanges de point de vue qui remettent mes acquis en question, ce sont mes enfants, que j’admire et que je dois accepter comme ils sont malgré nos différences, ce sont les projets que je parviens à mener au bout, et qui constituent alors une victoire sur mes peurs et cette forme d’inertie qui parfois me terrasse.

9) Quelle est votre actualité, quels sont vos projets ?

En juillet, je crée en Avignon mon premier seul en scène, « Ma vie en Biais », mis en scène par Clair Jaz. Un texte de l’auteure Claudia Shear dont je suis tombée amoureuse et que j’ai traduit de l’américain, l’histoire vraie d’un parcours initiatique qui peut résonner en chacun d’entre nous et infuse une dose colossale d’espoir en soi et en la vie ! En septembre, je créerai en Charente ma première mise en scène, un monologue interprété par Marité Blot : Bien arrivée à Ottawa. Un texte sur les conflits de loyauté et les empêchements, à la fois drôle et profond, j’espère.

10) Quelle(s) question(s) voulez-vous poser aux lecteurs/lectrices de ce blog ?

Avez-vous une envie secrète que vous ne réalisez pas en pensant qu’il est trop tard ou trop tôt, que vous êtes trop jeune ou trop vieux, passez compétent ou pas assez légitime ? Oui ? Alors ne pensez plus à rien et réalisez votre rêve ! Tout est possible, tout est permis, vous en sortirez fier, grandi, et heureux ! La vie est merveilleuse mais elle est courte, mangez là à pleine bouche ! Mettez vous à la danse ou à la batterie, partez en Papouasie ou faire du rafting dans les gorges du Verdon, renouez avec votre amour d’enfance ou votre père, teignez vous les cheveux ou changez de métier ! Quand on a enfin trouvé le bon angle pour regarder la vie, et malgré les épreuves, je vous jure qu’elle est belle !

https://www.theatre-arto.fr/spectacle/ma-vie-en-biais

http://www.avignonleoff.com/programme/2017/ma-vie-en-biais-s19964/


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